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Les Soufflaculs de Nontron

  • Titre: Les Soufflaculs de Nontron

Niveau primaire :

Symbolique du souffle et du pet :

Dans l’imaginaire carnavalesque, je rappelle la fin de l’hiver et la promesse du renouveau. En effet on raconte que l’ours sort de son hibernation le 2 février en lâchant un énorme pet de « déshibernation » pour évacuer un bouchon d’herbes qui lui obstruait les fesses. Puis il contemple le ciel afin de savoir s’il sort ou non de sa tanière : la renaissance est annoncée. 

Mes soufflets sont remplis de vent, de magie mais aussi de folie. À l’aide de cet outil, mes compères Soufflaculs et moi-même « soufflons-au-cul » d’une vieille femme (appelée la Vielha Bareta, la Vieille Bouchée) qui symbolise la fin du Carnaval et l’entrée dans le Carême. Pour lutter contre la fin de la fête, nous nous efforçons de « contrepéter » à l’aide  de ce soufflet.

Un soufflet de la fin du XIXe siècle.  Auteur Jean Poussin CC BY-SA ; Wikimedia Commons

Légende : Un soufflet de la fin du XIXe siècle. 
Auteur Jean Poussin CC BY-SA ; Wikimedia Commons


La danse des soufflets :

Nous sommes habillés d’une longue chemise blanche, de bonnet et de caleçon blanc. Notre visage est aussi blanchi par de la farine. Nous nous suivons à la queu-leu-leu accompagnés de notre soufflet et chacun souffle sous la chemise de celui qui le précède. Depuis le début du XXe siècle, nous sommes conduit par un personnage en costume noir et chapeau haut de forme qui nous guide avec un sifflet. Parfois nous nous échappons du cortège pour aller souffler sous les jupes des femmes. Nous parcourons la ville en chantant en chœur : 

« Non tu ne verras pas la couleur de mes guêtres,
Non tu ne verras pas la couleur de mes bas »

Danse des Soufflaculs
Légende : La danse des Soufflaculs consiste à s’accroupir, souffler au postérieur de celui qui précède, se relever, se retourner en faisant tourner le soufflet au niveau du visage ; s’accroupir, souffler au postérieur de celui qui suit ; se relever et, enfin, reprendre la marche.


Le savais-tu ?

La danse des Soufflets, déjà connue au Moyen-Âge, n’est pas propre à Nontron. Elle est répandue principalement dans l’aire occitane, surtout dans le Languedoc et la Provence. Cette danse peut s’appeler  « branle des soufflets » ou « branle des buffets », « Soufflaculs », « Buffatiero », « Buffo-li », etc.

Défilé des Soufflaculs à Nontron
Légende : Le défilé des Soufflaculs dans le carnaval de Nontron

 

Qu’est-ce qu’un pet ?

Une des définitions du pet, dans la littérature orale enfantine, est racontée ici sous forme de formulette par un garçon de 10-12 ans de Périgueux (d’après les enquêtes de Claude Gaignebet dans les années 1960, rééd. 2002 : 121) :

« Le pet est un petit vent doux
Passant entre deux montagnes
Pour annoncer avec fracas
L’arrivée du général Caca ».

Niveau lycée :

Symbolique du souffle et du pet :

Dans la mythologie carnavalesque, l’ours sort de son hibernation le 2 février en lâchant un énorme pet de « déshibernation » pour évacuer un bouchon d’herbes qui lui obstruait l’anus avant de contempler le ciel et de savoir s’il sort ou non de sa tanière : la renaissance est annoncée. Les soufflaculs rappellent cette fin de l’hiver et la promesse du renouveau vital. La bande des masques blancs pourrait aussi être considérée comme une troupe d’âmes errantes qui revient durant le cycle de Carnaval-Carême.

Les soufflets sont remplis de vent, de magie mais aussi de folie, à l’image du monde à l’envers que propose le carnaval. Le souffle renvoie aussi à la Vielha Bareta (la Vieille Bouchée) : cette vieille femme personnifie le cycle de Carnaval et de sa régression par le bouchon de Carême. Cette vieille est encore présente lors du carnaval de Nontron : les « soufflaculs », à l’aide de leur soufflet, « soufflent-au-cul » de cette vieille femme qui symbolise le Carême et que l’on s’efforce de « contrepéter » à l’aide  d’un soufflet.

Décomposition de la gestuelle des Soufflaculs
Légende :
Décomposition de la gestuelle des Soufflaculs 


La danse des soufflets :

Le groupe des Soufflaculs, attesté dès 1850 à Nontron, était autrefois composé de jeunes hommes portant un masque mais il est aujourd’hui devenu un groupe mixte rarement masqué. Habillés d’une longue chemise blanche de femme, de bonnet et de caleçon blanc, leur visage est aussi blanchi par de la farine. Ils se suivent les uns derrière les autres munis d’un soufflet. Chacun souffle sous la chemise de celui qui le précède dans une procession linéaire qui parcourt les rues de la ville. Depuis le début du XXe siècle, un personnage en frac noir et chapeau haut de forme guide le rituel et le devance avec un sifflet. Ces souffleurs chantent en chœur : 

« Non tu ne verras pas la couleur de mes guêtres,
Non tu ne verras pas la couleur de mes bas »


La danse des Soufflaculs s’exécute en huit mouvements : s’accroupir, souffler au postérieur de celui qui précède, se relever, se retourner en faisant tourner le soufflet au niveau du visage ; s’accroupir, souffler au postérieur de celui qui suit ; se relever et, enfin, reprendre la marche. Dès qu’ils le peuvent, les Soufflaculs s’échappent du cortège et vont souffler sous les jupes des femmes.


Grâce à ce soufflet dirigé vers les fesses du précédent, leur action consiste à pomper les souffles à la sortie de l’anus (le « pet » ou l’ « antipet »). Cette danse satirique et licencieuse de carnaval contient un aspect transgressif qui s’oppose au contrôle éducatif mis en place dès l’enfance pour toutes formes de flatulence.

La danse des Soufflets, déjà connue au Moyen-Age, n’est pas propre à Nontron mais appartient à un vaste ensemble de pratiques répandues jusqu’en 1945 dans seize départements situés principalement dans l’aire occitane, surtout dans le Midi languedocien et provençal, mais aussi épisodiquement dans certaines villes comme Saint-Claude (Jura), Réthel (Ardennes) ou encore Bléneau (Yonne). Cette danse peut prendre le nom de « branle des soufflets » ou « branle des buffets », « Soufflaculs », « Buffatiero », « Buffo-li », etc.


Renaissance et évolution de la pratique à Nontron :

Tombé à l’abandon dans les années 1950, le carnaval de Nontron renaît en 1979 grâce à la « compagnie des soufflets de Nontron » formée en association. Une évolution s’est mise en place : les Soufflets ne sont plus un élément du carnaval parmi d’autres mais sont devenus le thème central autour duquel le carnaval s’est recréé : ce sont eux qui condamnent et brûlent Carnaval appelé ici Bufador. 
Il faut savoir qu’à l’origine, les soufflets de Nontron sortaient le mercredi des Cendres, au début de la période de Carême (comme de nombreuses autres processions de soufflaculs), et non en avril comme aujourd’hui.

 

Défilé des Soufflaculs de Nontron
Légende : La procession sur deux files des Soufflaculs du carnaval de Nontron


Bufador et Petaçon 

Dans le Périgord, la personnification de Carnaval s’appelle généralement Petaçon qui signifie « pièces rapiécées » en occitan et que l’on retrouve dans le carnaval de Brantôme en Dordogne. Le costume du Petaçon se compose généralement de bouts de tissus (pedàs) de récupération cousus sur une veste et un bonnet. Son sens rappelle un autre nom parmi les figures de Carnaval : le Bufador (le Souffleur) du carnaval de Nontron puisqu’en occitan, la bufada signifie la bouffée. En  effet en vieux français, buffer ou bouffer signifie « souffler ». Mais Carnaval peut également prendre le nom de Sent Pançard (le pansu) en Gascogne ou Rampano (le rameau se dit rampan) à Sarlat-la-Canéda.

Le savais-tu ?

Une des définitions du pet, dans la littérature orale enfantine, est racontée ici sous forme de formulette par un garçon d’une dizaine d’années originaire de Périgueux (d’après les enquêtes de Claude Gaignebet dans les années 1960, rééd. 2002 : 121) :

« Le pet est un petit vent doux
Passant entre deux montagnes
Pour annoncer avec fracas
L’arrivée du général Caca ».


Carnaval de Nontron (film InOc)