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La coutellerie nontronnaise - Niveau collège-lycée

  • Titre: La coutellerie nontronnaise
Couteau de Nontron et matériel de fabrication

Niveau Collège - Lycée

La présence de minerais de fer (nontronite) et de forêts (les matières premières) associés aux eaux froides de la rivières Bandiat pour la trempe des lames ont fait du Pays nontronnais un lieu propice au développement de la métallurgie. 
Les Pétrocores (peuple gaulois des Petrocorii), décrits par le géographe grec Strabon d’Amasée comme étant d’excellents travailleurs de fer, exploitaient déjà les ressources du Pays nontronnais.

Si la renommée des « couteaux de Pierregort » remonte au Moyen Âge, c’est au XVIIe siècle avec la venue du premier maître coutelier, Guillaume Legrand, que se développe la coutellerie nontronnaise. La production des coutelleries est déjà diversifiée à cette époque. Le couteau dit ordinaire avec le manche en bois est destiné aux roturiers alors que les modèles plus nobles, réservés aux aristocrates, se parent de manches en ébène.

C’est au XIXe siècle que l’activité des forges qui longent la rivière Bandiat et que l’identité du couteau de Nontron atteignent leur apogée. Apparaissent alors le motif pyrogravé, les différentes formes de manche en buis et la virole tournante en laiton.

Logo de la coutellerie nontronnaise
© Coutellerie nontronnaise
Titre : Pyrogravure
Légende : On ignore l’origine et la signification du motif nontronnais. Composé d’un V inversé encadré de trois points, il décore aujourd’hui nombreux couteaux de Nontron.


À compter des années 1920, les lames des couteaux de Nontron sont fabriquées à Thiers, ville française auvergnate également reconnue pour son savoir-faire coutelier. Pourtant, la production de l’époque ne se limite nullement aux couteaux puisque rasoirs, sécateurs, ciseaux, ustensiles et grands couteaux palmaires à ressort sont fabriqués.
Suite à la disparition progressive des forges et au déclin de l’activité, les fabricants Petit et Barry s’allient avec des notables nontronnais pour créer la « Coutellerie Nontronnaise » qui voit le jour le 10 décembre 1928.

Le plus vieux couteau de poche

À la suite du mariage de Marie Belleterie, nontronnaise, à Guillaume Legrand, maître coutelier parisien qui s’installe à Nontron en 1652, naît l’éponyme couteau Nontron qui se pare d’une virole tournante. Il est considéré comme étant le premier couteau de poche régional.
Contrairement au couteau droit (ou fixe) qui n’a pas d’articulation mécanique et dont la lame est fixé dans le prolongement du manche par une partie appelée « soie », le couteau de poche (ou pliant) dispose d’un système qui permet de relier la lame et le manche de façon à ce que la lame puisse trouver protection dans le manche lorsque celui-ci n’est pas utilisé.

Cartographie des couteaux régionaux
CC BY-SA – InOc Aquitaine
Titre : Quelques couteaux régionaux
Légende : Chaque région a ses propres ressources et savoir-faire. Chaque région a donc fabriqué des couteaux régionaux qui répondent aux usages locaux.

Titre : De la coutellerie rurale à l'artisanat de luxe : le couteau de Nontron.
Légende : Film réalisé en deuxième année de l'école Camondo par Juliette François, Sylvia Giannitrapani, Jue Fue e Marie-Lucie Mathieu.


Matériaux et fabrication 


Anatomie d'un couteau de Nontron
CC BY-SA – InOc Aquitaine
Titre : Anatomie du couteau
Légende : Le couteau pliant est composé de trois parties :

  • le manche avec le corbin qui sécurise la prise en main,
  • la lame qui peut avoir diverses émoutures (formes) : creuse, plate, bombée
  • la virole permet d’unir la lame au manche par un anneau de métal qui maintient également la lame ouverte lorsqu’on la tourne. 


Lame et acier

L’acier est un métal à base de fer et de carbone. Plus il y a de carbone, plus l’acier est tranchant. Pour autant, il rouille plus facilement qu’un métal composé de chrome qui lui donne une résistance à la corrosion. Deux grandes familles d’acier sont utilisées en coutellerie : les aciers « carbone » et les aciers inoxydables. 
Sur les couteaux nontronnais anciens, l’acier carbone XC75 est traditionnellement utilisée. Étant un acier facilement oxydable, il demande un entretien régulier. On lui préfère donc l’acier inoxydable T12 réputé pour la précision de son tranchant. Pour autant, des lames en acier carbone, donc plus oxydables, peuvent également être utilisées.
La coutellerie nontronnaise a été rachetée en 1992 par la Forge de Laguiole. Depuis, les lames des couteaux sont forgées à Laguiole alors que l’acier est extrait des aciéries de Montpertuis dans l’Isère. 

Manche et bois

Le buis provient toujours du Pays nontronnais, ainsi que de l’Angoumois (forêt de la Braconne) et du Poitou. Il doit sécher au minimum quatre années à l’air libre avant d’être débité en carrelet à la scie au ruban. Ces sections carrées sont ensuite tournées au tour à bois pour leur donner la forme souhaitée, puis rectifiées manuellement.
Aujourd’hui, d’autres essences de bois peuvent être utilisées pour le manche des couteaux de Nontron. On retrouve ainsi des essences provenant des campagnes environnantes tels que le genévrier ou des bois exotiques comme l’ébène.

Assemblage et finition

L’assemblage, qui ne compte pas moins de 40 étapes, est réalisé par un seul et même artisan. La mise en place de la virole fixe sur le manche permet d’assembler la lame ; tandis que la virole tournante, installée après la lame, permet de la maintenir ouverte en toute sécurité lorsque le couteau est ouvert.
Une fois le couteau monté, celui-ci est décoré, toujours par le même coutelier, des pyrogravures à l’aide de deux fers : l’un pour les quatre rangées de pointillés, l’autre pour les cinq motifs nontronnais. En principe, ces décorations ne sont appliquées que sur les manches en buis.
Enfin, ponçage et polissage du manche perfectionnent sa finition, alors que la lame reçoit les derniers ajustements, (centrage, serrage et affûtage) avant l’utilisation possible du couteau.

Titre : Coutellerie de Nontron, 2007
Légende : Lorsque l’artisanat dit « local » s’appuie sur des savoir-faire spécifiques et se mue en production « haut de gamme ».

Le « Nontron » a perdu sa valeur d’usage, celle du travail au champs. S’il était un couteau rustique, il est devenu un objet patrimonial qui continue d’évoluer pour s’adapter aux usages de notre société. Cet artisanat ancestral, dit « local », s’appuie sur des savoir-faire spécifiques et mue désormais en production « haut de gamme » en faisant appel à des designers pour repenser et créer avec et autour du couteau traditionnel nontronnais.


« Ce qu’il y a de bien dans cette manifestation, c’est que l’on a trois visions différentes de l’objet : artistique, traditionnelle et pratique »

Depuis 1996, la fête du couteau à Nontron se déroule tous les ans en aout. Devenu incontournable en Périgord, elle est l’occasion pour les couteliers locaux d’exposer leurs œuvres et d’initier les spectateurs à leur savoir-faire grâce à des ateliers pédagogiques et des démonstrations.

Le savais-tu ?

La chanson « Le rondeau des commerçants » de 1908 célèbre Nontron, ses commerces et son couteau.(…)
- Mais de votre coutellerie
Parlez-moi car il est temps.
- C’est une vieille industrie
Qui remonte à plus de mille ans !
Avec le couteau gigantesque,
On en fabrique un tout petit,
Gros comme une puce ou presque,
Soit chez Bernard, soit chez Petit.
Du reste entrons dans la boutique
De l’un ou l’autre fabricant
Voilà le couteau microscopique
À côté du couteau géant
On loge au moins une douzaine
De cet atome de couteau
Dans l’intérieur de la graine
De la cerise : son noyau !
(…)