Niveau lycée :
La figure de l’ours :
Dans les légendes, cet animal est parfois assimilé à une sorte de géant, à un homme sauvage, une sorte de génie déchu ou encore à une ancienne divinité de la fécondité. En effet l’animal peut se dresser sur ses deux pattes arrières et a une alimentation omnivore comme un homme. D’ailleurs par peur de l’attirer, les Béarnais préféraient ne pas le nommer directement mais l’appeler lo pedescauç « le va-nu-pieds » ou encore lo Mossur « le Monsieur » par anthropomorphisme, autrement dit par assimilation à des traits humains.

Légende : Un homme grimé et costumé en ours lors de la Fête de l’Ours de Saint-Laurent-de-Cerdans (Pyrénées-Orientales) © Robert Bosch/Ministère de la Culture
Les fêtes de l’ours sont la correspondance païenne de la Chandeleur : le 2 février marque la fin du solstice d’hiver et la renaissance de la nature avec le retour du printemps. Cette date lance également le début du cycle carnavalesque. Selon les croyances populaires, l’ours sort ce jour-là de son hibernation. La météo va alors déterminer l’attitude de l’ours et par conséquent des récoltes à venir : s’il fait soleil, l’ours retourne dans sa grotte et hiberne durant quarante jours supplémentaires, ce qui signifie que l’hiver se prolonge au détriment du printemps et des cultures.
L’historique des fêtes de l’ours n’est pas connu mais ces célébrations sont sûrement très anciennes : rappelons les Lupercales romaines, puis les cultes à l’ours au Moyen-âge. Le texte le plus ancien connu à ce jour, évoquant la présence de l’ours dans des fêtes, date de 1444 et se trouve en Catalogne.

Légende : Fête de l’ours à Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales) © Robert Bosch/Ministère de la Culture
Le conte de Jan de l’Ors (Jean de l’Ours) :
Dans les contes traditionnels, Jan de l’Ors (Jean de l’Ours) fait partie des personnages emblématiques du panthéon pyrénéen : il est connu pour être le fruit de l’accouplement entre une femme avec l’ours qui l’a enlevé. Ce thème se retrouve en France mais aussi dans d’autres pays qui ont connu la présence d’ours comme la Belgique, la Transylvanie, l’Allemagne, la Russie, la Croatie ou encore le Québec.
À la fois mi-homme et mi-ours, velu comme son père et doté d’une vigueur exceptionnelle, il réussit à l’âge de sept ans à s’évader de la caverne natale avec sa mère pour retourner chez les humains. En grandissant, Jean devient le plus fort des enfants et va difficilement réussir à trouver sa place et être accepté par la société.
C’est cet accouplement qui est représenté dans les fêtes carnavalesques, puisque la femme a d’abord été enlevée par l’ours avant de mettre Jean au monde, cet être hybride.

Légende : Le conte Jan de l’Ors © Texte Jaqueish Ròth / Illustration Tomàs Baudoin
La « Fête de l’ours » (Fèsta de l’ors) ou « Chasse à l’ours » (Caça a l’ors) dans les carnavals du Vallespir et du Béarn :
Les fêtes de l’ours sont des représentations de ces légendes populaires qui reflètent l’opposition nature/culture et animalité/humanité. Dans le cycle carnavalesque, les ours sont présents lors de la nueit de l’ors (« la nuit de l’ours ») dans le Carnaval Biarnés à Pau mais cette soirée s’inspire des fêtes de l’ours du Haut-Vallespir dans les Pyrénées-Orientales.
1) La Fête de l’ours ou Fèsta de l’ors en Vallespir (Pyrénées-Orientales) :
La fête de l’ours, également appelée « Jours de l’ours/des ours » (Dia de l’ós/dels óssos), se produit encore dans trois villages du Haut-Vallespir : Arles-sur-Tech, Prats-de-Mollo-la-Preste et Saint-Laurent-de-Cerdans.
Les fêtes de l’ours opposent les hommes et les femmes : les hommes, grimés et costumés en ours, envahissent les villages en simulant l’enlèvement des jeunes femmes. Cette mascarade donne lieu à des courses poursuites à travers les rues, mais aussi à des confrontations avec un troisième type de personnage, les chasseurs. Des saynètes, toujours identiques, sont reproduites de place en place : agression, capture, mort et résurrection de l’Ours, suivies d’une nouvelle échappée dans les rues avoisinantes ; le tout ponctué par les cris de la foule. Le rituel se termine toujours par la démonstration de la domination de l’homme sur l’ours, à travers sa capture symbolique et le rasage de la fourrure.
Ces pratiques sont très anciennes et s’étendaient autrefois sur une partie bien plus large du territoire français et international, en particulier dans l’hémisphère nord.

Légende : Scène de poursuite dans les rues d’Arles-sur-Tech lors de la Fête de l’Ours (Pyrénées-Orientales) © Ministère de la Culture

Légende : Durant deux ou trois heures, les Ours, venus des marges des villages, parcourent les rues en courant et en s’attaquant aux habitants, particulièrement aux jeunes filles qu’ils barbouillent de suie (pratique du « mâchurage »), poursuivis par des Chasseurs auxquels ils ne cessent d’échapper © Jacques Miot/Ministère de la Culture
2) La Chasse à l’ours ou Caça l’ors dans le Carnaval Biarnés (Pyrénées-Atlantiques) :
Dans le Carnaval Biarnés, les ours (rôles masculins) symbolisent la sexualité mâle et bestiale et annoncent le retour du printemps. Ils sont joués par des hommes revêtus d’une peau de l’animal ; ces derniers miment une attaque sexuelle sur des jeunes femmes aux allures délurées, appelées « les Rosettes » (rôles masculins), qui attisent les pulsions lubriques des ours. Des chasseurs (rôles féminins) essaient de les capturer et de les raser : une fois dépourvu de son pelage, l’ours devient un homme civilisé. Ces trois rôles respectent l’inversion des genres caractéristique des festivités carnavalesques. Le groupe des ours s’accompagne du groupe de los orsatèrs (montreurs d’ours) et de los aulhèrs, los cans e las aulhas (des bergers, des chiens et des brebis).

Légende : Trois chasseurs essaient d’attraper un ours qui courait après une Rosette lors du Carnaval Biarnés à Pau en 2017 © Mathilde Lamothe
Le savais-tu ?
Les Gaulois appelaient l’ours Artos : cette racine « art- » se retrouve dans le prénom du roi Arthur ou dans les noms des divinités Arthémis, Artahe et Artio. La racine grecque arktos a également donné son nom au continent Arctique. En latin, l’ours était appelé ursus et a donné lieu à de nombreux toponymes. Dans les Pyrénées, on relève de nombreux traces de ces racines : Artz, Arthez, Artix, Anso, Onso, Os, Ossau, Ousse, Ossa, Onsera, Orsiana, Osera, Ursa, etc.
De même, les noms des villes de Berlin (Allemagne) ou Berne (Suisse) sont issus de l’ours car les Germains nommaient cet animal bern. Le prénom Bernard, par exemple, veut dire « ours fort ».
Pour aller plus loin :
- Le conte de Jan de l’Ors en occitan : http://capoc.crdp-aquitaine.fr/file/Ressources_numeriques/JAN_ORS_Web.pdf
- Les Fêtes de l’Ours en Vallespir : http://www.fetes-ours-vallespir.com
- Le Carnaval Biarnés : http://www.carnaval-biarnes.com/
